Hautes Oeuvres, petit traité d'humanité à la française
par Simon Hache, alias Simon Hureau
publié par La Boîte à Bulle en juin 2008
Nous somme en 1757. Robert François Damiens a attenté à la vie du roi (qui s'en sort avec une égratignure et dit lui pardonner) et se voit condamné deux mois plus tard par le Parlement à la peine de mort par écartèlement. Voilà pour le point de départ. L'atroce exécution de Damiens sert ainsi de file rouge au récit, qui s'ouvre avec l'arrivée du condamné en place de Grève et se termine dans la soirée qui suivit sa mort. Aucun détail morbide de son supplice (qui dura plusieurs heures) ne nous sera d'ailleurs épargné, mais c'est surtout la multitude de personnages secondaires que fait se mouvoir l'auteur autour de la scène d'exécution qui fait toute la richesse du récit. L'action vient ainsi régulièrement se fixer sur les seconds rôles : deux lettrés qui débattent, un père et son fils, des vendeuses à la sauvette, un couple fraîchement constitué... Au total une douzaine de personnages qui forment un grand tableau de la société parisienne du XVIIIe siècle, plus l'exécuteur des Hautes Oeuvres du Roi, le jeune Sanson, qui s'occupe ici avec la plus grande peine de son premier condamné. Chacune de ces personnes raconte sa propre version de l'événement, ce qui permet une multiplication des points de vue, avec en plus un narrateur principal que l'on trouve en la personne de Limul Goma, collectionneur chevronné du XXe siècle (du moins semble-t-il). On a donc une construction subtile et intelligente du récit qui instaure un rythme prenant et rend l'ensemble très attrayant.
Le tout est porté par un trait des plus réjouissant, à la fois clair et fouillis, en tout cas très libre et ne lésinant pas sur les détails. Visages expressifs, mouvements exacerbés, décors sans faute. Avec ça la présence de nombreux personnages historiques (le marquis de Sade, Joseph Ignace Guillotin, la future comtesse du Barry...) est un atout supplémentaire pour l'appréciation de ce livre qui se veut une présentation de la société parisienne du siècle des Lumières, avec ses vices, ses habitudes, sa légèreté et ses relations sociales. L'utilisation de dialogues "modernes", penchant souvent vers l'anachronisme, sonne quant à elle très juste, au même titre que la présentation éditoriale que se veut une imitation des éditions d'époque.
En somme Hautes Oeuvres est un album brillant à plus d'un titre, agréable à lire et vraiment réjouissant. Un seul regret : trop court.









